Book of chastity

BOOK OF CHASTITY 2010

Texte inédit, écrit en anglais pour le livre par Tom McCarthy
16 tirages photographiques originaux inédits, réalisés et signés par Ernesto Neto,
Dont 8 tirages sur papier photographique
et 8 tirages sur papier coton
Feuillets pliés, embossage, découpes, coutures et dessins vernis sur papier calque
Boîtier dessiné et réalisé par Ernesto Neto,
composé de lanières en contreplaqué s’emboîtant, recouvertes par un voile de nylon orangé, cousu à la main avec du fil de coton orange et violet
Graphisme par Gva Studio, réalisé en collaboration avec l’artiste et les éditeurs
Chaque copie est signée par Ernesto Neto et Tom McCarthy
Édition de 30 exemplaires - 38 x 51 x 14,5 cm
BOOK OF CHASTITY

BOOK OF CHASTITY

Pour son premier livre d’artistes, Ernesto Neto a choisi d’explorer, à l’instar de ses prédécesseurs du mouvement néo concret Lygia Clark et Hélio Oiticica, l’interaction du spectateur avec son oeuvre. À cet effet, il a choisi de photographier, au fil des heures et des jours durant, une jeune femme qui déambule à travers sa sculpture Our Mist into the Myth installée au Toyota Municipal Museum of Art de Tokyo.
La jeune femme photographiée est à la fois muse et objet de désir de l’artiste: elle se fond progressivement dans l’installation jusqu’à en faire partie intégrante. La sculpture, souple, bio-morphe, composée de tulle de polyamide, de bois, de curcuma et de clous de girofle, se situe bien au-delà du minimalisme abstrait : elle emplit tout l’espace et offre au spectateur un cocon apaisant qui incite à la rêverie, à l’abandon et à la régression. Dans un même temps, elle apparaît comme un monstre macrophage qui engloutit peu à peu le spectateur dans sa sensualité généreuse et accueillante.
Les photographies du Book of Chastity, prises par Ernesto Neto, sont construites sur un jeu triangulaire de miroir entre la jeune femme, la sculpture monumentale qui semble l’avaler, et le regard voyeur plein de concupiscence du photographe. Ce triangle confère à ces images mystérieuses et sensuelles une grande tension qui exprime un désir dévorant. Face à elles on s’interroge : qui est cette jeune femme mystérieuse, évocatrice de l’image mythique d’Ève, « éternelle tentatrice » ? Où sommes-nous ? À l’intérieur du corps de cette femme, ou de la sculpture ? S’agit-il d’un préliminaire lent et sensuel, ou d’un pur fantasme ?

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Le texte écrit pour le livre par Tom McCarthy nous donne des bribes de réponses, sous forme de dialogues intrigants, dans un style très post-moderne. Le récit est écrit à travers deux voix. Dans la première, un homme s’interroge, sur le divan de son psychanalyste, cherchant à se remémorer une passion qui le hante. Il fait part de sa volonté obsessionnelle de posséder corps et âme cette jeune femme qui se refuse à lui, et exprime ses frustrations. Dans la seconde partie, le texte devient extrêmement incisif et cru et prend l’allure d’une mise en scène portée à l’écran par un cinéaste. Par ce procédé, l’auteur Tom McCarthy invente une dialectique déstabilisante qui permet de décortiquer de façon surprenante les ressorts de la mémoire et de l’inconscient. Il explore de cette manière la subjectivité de notre rapport à la réalité. Comme dans son livre Remainder, qui a retenu l’attention de la critique par son écriture avant-gardiste, il utilise deux voix en contrepoint pour disséquer au scalpel la passion et les névroses qu’elle induit. Le texte fait également référence au mythe d’Ovide Narcisse. Ce dernier, alter ego du narrateur, contemple inlassablement son reflet dans le miroir de la surface de l’eau, tant et tant qu’il finit par se noyer. La femme qui retranscrit ses mots, par fragments de phrases, est Echo. Tom McCarthy a habilement joué avec les initiales d’Ernesto Neto, E et N, qui reprennent les initiales d’Echo et de Narcisse.
Le graphisme, réalisé par Gva Studio en collaboration avec l’éditeur et l’artiste, montre page après page une grande sensualité et sollicite l’imaginaire par différents éléments: des tons de peau déclinés, le titre traité en embossage ainsi que la numérotation des pages évoquant à la fois les grains de beauté de la peau et le braille. La gamme chromatique est déclinée de sorte à ce que les photographies et le graphisme se répondent au fil des pages. Les photographies ont été imprimées de deux manières différentes, qui correspondent aux deux registres du texte : les premières plus brillantes, développées sur papier photo, correspondent à la narration, alors que les secondes, des tirages sur papier coton plus abstraits, présentent les images perçues à travers un voile.

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Deux cahiers de calque couleur de peau, cousus tout comme le boîtier de fils violet et orange, dissèquent l’installation à l’aide d’un vernis transparent comme Tom Mac Carthy analyse les différentes strates de la conscience.
Tout cet univers très sensuel est contenu dans un boîtier dessiné et conçu comme une sculpture par l’artiste, qui est en premier lieu sculpteur. Très intrigant par sa forme indéfinissable de coussin, contre lequel le lecteur semble invité à se blottir, de berceau, ou pour certains de gaufre, il réinvente l’idée même de boîtier de livre. En dessinant un sac de néoprène aux formes suggestives pour contenir ce boîtier, l’artiste joue sur la notion de désir en proposant un livre « qui colle à la peau » et que l’on peut transporter partout facilement avec soi.

Calque Neto

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