VETRI ROSA

VETRI ROSA 2006

Texte inédit, écrit pour le livre en italien par Ornela Vorpsi
Cahier de traduction anglaise (Ann Gagliardi) et française (Yann Appery)
7 photographies originales, inédites et signées, réalisées par Mat Collishaw pour illustrer le texte d’Ornela Vorpsi
Feuillets pliés, embossage, découpes et motifs photoluminescents sur feuilles de papier cristal
Boîtier dessiné par Philippe Cramer, coffret en noyer massif avec incrustation de cristaux de taille variable, titre marqué à chaud au fer
Graphisme par Philippe Millot
Chaque copie est signée par Mat Collishaw, Ornela Vorpsi et Philippe Cramer
Édition de 50 exemplaires - 30,5 x 39,5 x 5,5 cm
VETRI ROSA

VETRI ROSA

Dans le livre Vetri Rosa, le photographe anglais Mat Collishaw et l’écrivaine albanaise Ornela Vorpsi entremêlent de manière très sensuelle leurs approches philosophiques de la vie et de la mort, de l’innocence et de la beauté. Il s’agit d’un conte initiatique, qui évoque les notions toute relatives du temps et de l’espace quand elles se rapportent à la conscience.
Depuis l’au-delà, une jeune fille morte contemple les fragments de sa brève existence. La jeune héroïne de Vetri Rosa perçoit la vie à travers le filtre de son kaléidoscope, des morceaux de tessons de verre rose qui enchantaient son regard d’enfant et faisaient miroiter les jeux les plus délicieux. Elle en dissèque ses mécanismes avec le recul et la sagesse d’un regard distant. Quelques moments de l’intimité familiale, amoureuse ou amicale sont décrits avec lucidité et poésie. Amours adolescentes, douceur des corps et morsures du cœur, émotion et extase des premiers sentiments, ces moments impriment très tôt dans la vie leur empreinte sur notre conscience. Ils incarnent la perte d’une certaine innocence et les saveurs fugitives de l’interdit. Vetri Rosa explore le voyage « merveilleux et poétique de l’enfance à l’errance, la perversité et la violence de la vie quotidienne ».

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Mat Collishaw s’est inspiré de ce voyage initiatique pour illustrer par ses photographies le texte écrit pour le livre par Ornela Vorpsi. Puisant son inspiration à la fois dans la douceur des tableaux flamands et dans l’atmosphère contenue de l’époque victorienne, il brouille les frontières temporelles et greffe une beauté vénéneuse sur les problématiques actuelles. Pour Vetri Rosa, il a photographié en clair-obscur deux jeunes filles dont la beauté mélancolique camoufle une charge dramatique et métaphorique sous-jacente. Chaque photographie est une allégorie, et se réfère de façon poétique à des thèmes fondamentaux comme la liberté, la conscience de soi, l’amitié, l’érotisme ou le regard de l’autre. Où se situent le bien et le mal, la frontière entre ce qui est moral et ce qui ne l’est pas, entre l’horreur et le sublime ? De ces interrogations naissent des œuvres ambiguës, dont émanent une douceur et une poésie qui contrastent avec une certaine noirceur, et un véritable questionnement. «Je ne recherche pas la provocation, explique Mat Collishaw, mais une expression du sublime, ce sentiment que l’on éprouve lorsqu’on est devant une chose effroyable, et dont il ressort une beauté qui n’existerait pas si la laideur n’était pas là.»

Vetri Rosa Ouvert Flammes

Le graphiste Philippe Millot a retranscrit ce malaise existentiel à travers les pages de plusieurs façons : la typographie, plutôt classique et littéraire, d’une couleur bistre un peu ambiguë, voit son corps se rétrécir au fil des pages, pour faire écho au souffle de la narratrice étouffée par l’angoisse au fur et à mesure de son récit.
Des motifs inspirés par l’époque victorienne ont été imprimés à l’encre photoluminescente sur des papiers transparents. Ces fins papiers se posent comme un voile sur les images de Mat Collishaw, accessibles au premier abord seulement à travers un petit cercle découpé dans le papier. Le lecteur, devant ce cercle qui figure le trou d’une serrure, se sent comme un voyeur, autre clin d’œil à l’époque victorienne chère à Mat Collishaw, et de la répression qui la caractérise. Plus le récit avance, plus les motifs qui recouvrent les papiers sont chargés et envahissent la page afin de symboliser la suffocation éprouvée par la jeune fille.

Vetri Rosa Ouvert Lenzulo Bianco

Le boîtier du livre, créé par Philippe Cramer, en parfaite harmonie avec les sensibilités de l’écrivain et de l’artiste, joue sur le contraste de la rudesse du bois massif avec la pureté des cristaux, lesquels représentent deux facettes diamétralement opposées du carbone et symbolisent l’innocence brute de l’enfance et le cynisme de l’âge adulte. Les cristaux font référence aux Vetri Rosa, petits morceaux de verre rose au travers desquels l’héroïne du texte d’Ornela Vorpsi regarde les moments de sa vie décomposés comme par le prisme d’un kaléidoscope.

Vetri Rosa Ouvert

PURGATOIRE
Une fois mort, on n’a plus peur de dire ce qu’on pense. La pensée est objective parce qu’on est détaché de la chair. Je suis un spectateur parfait. Plus rien ne me touche, je ne fais que contempler comme dans l’enfance on contemple les dessins lumineux et géométriques que crée le mouvement du kaléidoscope entre les mains. Ainsi, je fais rouler lentement les verres colorés de mon existence.

JEUX
Nous ne savions même pas si ce désir du plus profond, du plus subtil, de plus de douleur, si cette sensation sans nom possédait vraiment un lieu concret dans la vie. Ce qui se produisait en nous se transmettait à notre sang, habitait nos corps. C’était au-delà de nous, de la conscience que nous avions alors de la vie et de nous-mêmes. Cette chose sans nom, ce désir dont nous sentions qu’il pouvait nous combler, nous remplir jusqu’à une douleur encore étrangère à notre expérience, c’était l’homme, la puissance de l’homme, pénétrant nos âmes, nos corps.

DRAP BLANC
Les grandes choses n’avertissent jamais de leur venue. Dehors il faisait beau, c’était une nuit d’été avec à profusion le parfum de l’herbe mouillée et les lucioles qui flamboyaient autour.

VASCO
La beauté est une puissance aveugle, elle te prend, te coupe le souffle, elle te creuse les yeux parce qu’ils ne doivent appartenir qu’à elle, elle seule doit être guettée, elle te jette dans la douleur, te reprend de nouveau, te tranche la langue, te brise les jambes, te rend esclave. Tu la subis contre ta raison.

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ARTA
L’œil d’Arta gisait dans ma main. Alors que je cherchais à le lui rendre, dans ma confusion je fis choir le globe. Avec un bruit cristallin il se brisa en deux. Deux demi-sphères blanches. Je levai la tête. Arta murmura: ne t’inquiète pas, c’est un œil de verre, je m’étais lassée de cette couleur d’œil, à la maison j’en ai d’autres. Toi, c’est rose que tu voudrais, pas vrai? Je sais que tu aimes ça les tessons roses! Tu ne peux rien me cacher!

RETROUVAILLES
Qu’elle était belle leur jeunesse. La jeunesse vue du dehors, celle qui n’est pas vécue de l’intérieur. Jaillissaient des larmes parce que pareille beauté était à en perdre l’haleine, à m’en serrer le cœur. Je souriais mais dissimulais mon sourire, nulle rencontre n’était possible sur ces terres, et celle-là même où nous nous étions rencontrées, nous voulions l’oublier.

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