Vik MunizVIK MUNIZ, Anatomy, after Francesco Bertinatti, pictures of junk
Photographique ! S’il fallait définir l’oeuvre de Vik Muniz, telle serait la réponse. Depuis plus de 25 ans, l’artiste d’origine brésilienne se sert de matériaux improbables pour reproduire des images qu’il photographie ensuite : chocolat, poussière, jouets, diamants, terre, déchets, papiers déchirés… Recycleur et magicien de l’image, Muniz reconstruit des images qui appartiennent à notre mémoire visuelle. Si celles-ci sont photographiées, c’est pour renoncer aux originaux dont elles sont issues, et ainsi mettre le spectateur face à une représentation illusoire. Le grand format des tirages nous emmène vers une expérience visuelle fascinante. Devant cette oeuvre, nous ne pouvons que nous interroger sur l’impact des images qui forment notre mémoire tant collective qu’individuelle. A l’ère d’Internet, alors que tout peut être photographié et diffusé à grande échelle, il devient urgent de sonder sa propre relation aux images – chefs-d’oeuvre de l’histoire de l’art ou images de la culture populaire. Dans ce brouhaha visuel, Muniz parvient à recréer un environnement propice à la réflexion et à la contemplation.

De nombreuses expositions personnelles internationales lui ont été consacrées parmi lesquelles : ICP (NYC, 1998), Whitney Museum of American Art (NYC, 2001), The Menil Collection (Houston, 2002), the Irish Museum of Contemporary Art (Dublin, 2004), la collection Berardo à Lisbonne (2011), le Museum of Contemporary Art de Lima (Perou, 2014), le Musée d’Art Contemporain de Tel-Aviv (Israël, 2014), le Long Museum West Bund (Shangaï, 2014), ou les rencontres photographiques d’Arles.En 2016, le High Museum of Art (Atlanta) et le Mauritshuis (Pays-Bas) lui consacreront une exposition personnelle. En 2011, le documentaire « Waste Land » de L. Walker, nominé aux Oscars, retrace le travail de l’artiste au sein de la plus grande décharge à ciel ouvert de Rio, travail entrepris dans une perspective humanitaire.

Pour le livre Un Sentiment Empoisonné, Vik Muniz a choisi une photographie inspirée d’une gravure réalisée par Francesco Bertinatti en 1837 pour son extraordinaire Atlas d’Anatomie. Très tôt la pratique de la dissection dans les écoles médicales d’Europe a permis aux anatomistes d’affiner leur vision de la structure du corps humain. Cette pratique a permis la réalisation d’illustrations anatomiques non seulement précises mais très artistiques et sophistiquées. Un des motifs récurrents de ces illustrations était la mort. On peut toutefois noter qu’à partir du moment où l’Anatomie est devenue une science plus répandue (vers 1800), le thème de la mort a disparu des manuels d’anatomie et est réapparu dans les œuvres d’art.

Cette image est particulièrement intéressante dans la mesure où elle réunit ces deux aspects, l’aspect technique qui présente une vision détaillée du squelette, et parvient en même temps à communiquer toute la profondeur du doute métaphysique de l’homme devant la brièveté de son existence.

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